Apparemment que le gisement découvert par Ex Machina sous l’Autoroute Dufferin coûterait plus cher à exploiter que prévu. Hier on a eu droit à un petit vent de panique médiatique, avant de s’apercevoir que le Diamant n’était pas abandonné, mais plutôt que l’équipe de Robert Lepage va maintenant évaluer un plan B, plus modeste.
Pour jeter un caillou dans la mare (je n’ai pas la prétention du pavé), j’ai envie de dire que ce serait peut-être tant mieux si le projet du centre de diffusion d’Ex Machina devait être revu de fond en comble, voire même déménagé. Pourquoi? Parce que la ville s’apprête à investir dans deux projets (le Diamant, et un éventuel complexe multimédia dans Saint-Roch), alors qu’un seul et même espace pourrait peut-être répondre aux besoins de tout le monde. Et que l’impact d’un projet unique apparaît a priori plus intéressant pour tout le monde que deux projets indépendants.
L’équipe de Saint-Roch technoculture tient pour acquis qu’un « complexe multimédia » devra éventuellement s’installer dans Saint-Roch. C’est apparemment une question de manque de ressources locales pour les artistes. Le maire Labeaume a affirmé, lors de Québec horizon culture, qu’il appuierait sa construction au moment venu. J’en conclu pour ma part que ce complexe est nécessaire pour un Saint-Roch qui veut faire contrepoids à la Haute-Ville sur le plan de la diffusion artistique de haut niveau. Au-delà de toute question de sous, ça prend un lieu fort, quelque chose de particulièrement dense, quelque chose qui déforme l’espace-temps local et bouscule des dynamiques bien établies à Québec. Sinon Saint-Roch va demeurer l’atelier des artistes modestes qui vont se faire rubber stamper en Haute-ville.
Le problème actuel, c’est que personne ne semble avoir la moindre idée de ce que devrait être ce complexe multimédia, et je ne vois poindre aucun groupe à l’horizon qui puisse soudainement porter un tel projet et l’élever de facto à un niveau international. C’est embêtant quand on songe que ce projet serait le noeud identitaire d’un quartier qui se redéfinit et pour lequel on a de grosses ambitions.
Enter Ex Machina, un groupe qui a brainstormé Saint-Roch technoculture avec le maire, Beenox et Ubisoft, et qui ne sait pas si son projet de récup sous Dufferin est viable. Enter aussi le projet de faire de Québec la capitale canadienne de la création numérique, une idée portée par la même équipe, plus quelques autres, via le Pôle Québec Chaudière-Appalaches.
Lorsque Ex Machina a commencé à envisager le Diamant, il n’y avait pas de Saint-Roch technoculture dans l’air. La compagnie de Lepage a pensé son projet dans son coin, pour elle seule ou presque (Gros-Becs, Carrefour international de théâtre). Il n’y avait pas de raison d’agir autrement. Or, si la Caverne s’avérait inadéquate (avec des si on va à Paris, alors allons-y), Ex Machina tentera de reloger son projet ailleurs. Et vu le nouveau contexte, il serait difficile de justifier que la Ville finance à la fois un complexe pour Lepage et un complexe pour les autres créateurs qui mettent la technique au coeur de leur démarche. Surtout si c’est pour aboutir dans le même quartier. Et surtout si l’on considère qu’Ex Machina possède précisément ce qui manque au Saint-Roch qui s’invente: une personnalité.
Un complexe multimédia dans Saint-Roch aurait peut-être plus de chances de succès s’il se plaçait sous l’égide d’un groupe de créateurs parmi les plus respectés à l’échelle planétaire. Ce centre aurait dès le départ une identité bien campée et une crédibilité, chose impossible à obtenir sinon. C’est bien beau de vouloir rayonner à l’international, mais pour y parvenir rapidement, il faut se fonder sur des forces d’exception. Et qu’on aime ou qu’on n’aime pas, il n’y a pas deux Ex Machina à Québec. Si un tel projet s’enclenchait, je commencerais à comprendre Saint-Roch technoculture. Et j’y croirait sans hésiter. Ce complexe serait un superbe coup d’acuponcture urbaine, pour reprendre Jaime Lerner. Et des firmes comme Beenox et Ubisoft seraient davantage assurées d’un retour sur leur investissement. Et Ex-Machina se placerait au centre d’un stimulant bouillon de culture.
Attendons de voir la nouvelle étude de faisabilité du Diamant. Mais je commence à me dire que je serais déçu que le projet aboutisse, du moins dans sa formule actuelle. Et si Québec et Ex-Machina méritaient mieux? Le joyaux de Saint-Roch surgira peut-être quand on enterrera le Diamant. Ou quand on envisagera de l’enchâsser dans un complexe en création numérique qui le prolongera.

Texte audacieux, qui force à réfléchir; mieux, à envisager les choses différemment. J’aime beaucoup. Merci.
Merci, merci. J’espère effectivement que ça stimulera les réflexions. Ça permet de penser l’avenir de Saint-Roch technotruc à travers un cas concret, et de se rendre compte qu’on est peut-être déjà en train de laisser passer une belle opportunité… À suivre.